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SUPPer Thalès 26/04/04 Licenciements pour le profit

lundi 26 avril 2004, par 1 Sud Industrie 35

par Webmaster

Communiqué de SUPPer Thalès

"Syndicat Unitaire et Pluraliste du Personnel" affilié au G10

OBJECTIF DE LA DIRECTION DU GROUPE THALES : BAISSER LA MASSE SALARIALE PAR TOUS LES MOYENS !

En ce premier semestre 2004, la direction du groupe applique une politique de « modération » salariale et met en place de nouvelles restructurations conduisant à des réductions d’emploi. L’objectif affiché : augmenter la profitabilité de l’entreprise. Le 11 mai 2004, la direction générale du groupe annoncera à l’assemblée générale des actionnaires une augmentation de 7% des dividendes, soit la distribution de 128 millions d’€.

Les exemples, ci-dessous, de politique salariale et d’emplois mettent au cœur la question cruciale du partage des richesses. Faut-il accroître la rentabilité au seul bénéfice des actionnaires et pour préparer des opérations de rachat d’entreprise (comme celle de RACAL en Grande Bretagne qui continue à peser de façon très négative sur la trésorerie du groupe) ? Faut-il assurer une juste répartition de la richesse au bénéfice de celles et ceux qui la produisent, c’est à dire tous les salariés du groupe ?

C’est bien cette deuxième solution qui nous semble la plus conséquente pour la préparation de l’avenir. L’Etat reste le principal actionnaire du groupe THALES. Il a son mot à dire ainsi que les collectivités territoriales qui ont financé les implantations des filiales du groupe. SUPPer propose qu’une initiative unitaire en défense de l’emploi et d’une réelle politique salariale soit organisée le jour de l’assemblée générale des actionnaires le 11 mai à Paris.

De la modération salariale...

Lors des dernières Négociations Annuelles Obligatoires, la direction du groupe a décliné dans les filiales un cadre rigide imposant, comme le précise M. Barou, directeur des affaires sociales de THALES, dans la réunion du comité de groupe du 8 janvier 2004 :
- « pour les mensuels : un équilibre entre augmentation productive et individuelle »,
- « pour les cadres : uniquement des augmentations individuelles sur deux critères : la référence au marché et la performance avec extension progressive de la rémunération variable permettant ainsi une plus grande précision sur la réalisation des objectifs ».

Derrière ces thèmes très « technocratiques » s’annonce clairement une politique ne tenant plus compte des augmentations du coût de la vie, permettant de faire varier les salaires à la baisse d’une année sur l’autre, uniquement liée à la rentabilité de l’entreprise. Cette politique n’est pas nouvelle mais précisait, M. Barou, dans la même réunion : « ces principes communs font l’objet d’un renforcement avec une centralisation dans l’action ».

C’est contre cette politique que le 4 mars 2004, à l’appel de l’intersyndicale de la filiale TAS (CFDT, CFTC, CGC, CGT, FO et SUPPer) rejoint par des délégations de nombreuses filiales et appuyé par des débrayages dans les sites de province, plus de 1000 salariés ont manifesté devant le luxueux siège social que THALES vient d’acquérir à Neuilly sur Seine.

En matière d’emplois...

Deux nouveaux exemples font l’actualité.

- THALES Microelectronics (TMI)

En liquidant les 450 emplois de THALES Microwave (Massy), la direction justifiait son projet par les coûts horaires prohibitifs dans la région parisienne. La solution retenue a été de transférer une partie des activités et des machines sur le site de Chateaubourg dans l’Ille et Vilaine. Ce site faisait partie de l’ancienne filiale de Dassault Electronique (SOREP).

Or cette filiale est sur le coût d’une restructuration de grande ampleur. Après avoir coupé toutes les branches civiles dans la partie de Dassault Electronique fusionné dans TAS, TMI est en train de procéder à la même chirurgie. Même leitmotiv : se recentrer sur les activités militaires. La chirurgie lourde appliquée à TMI devrait se traduire par la vente des activités suivantes pour la France (Grand Fougeray : 109 salariés ; Langon : 199 salariés ; Chateaubourg : 41 salariés ; Sassenage : 32 salariés ; Sophia : 23 salariés ; Massy : 96 salariés ; Toulouse : 26 salariés). Du fait de l’application de l’article L 122.12 du Code du travail, les salariés sont obligés d’accepter le transfert. Ainsi, une des dernières activités de Dassault Electronique est en train de passer à la sauce tout militaire de THALES. La main sur le cœur, la direction dit c’est une activité très profitable, mais ce n’est pas la vocation de THALES de la développer. L’expérience nous a malheureusement démontré que ce genre de discours cache « mal » la volonté de se séparer d’activités en laissant faire le sale travail (les plans sociaux) par d’autres. Le seul site presque épargné reste Chateaubourg sous la direction de M. Alessandrini, ancien directeur industriel de TAS. Mais la logique qui avait prévalu pour la fermeture de TMW Massy (coût horaire et rentabilité) s’applique aussi à Chateaubourg. TAS Brest ayant réintégré dans son usine un atelier de l’ancien TMW, la concurrence joue à plein entre les deux sites. Pour la direction, c’est celui qui sera le plus performant, le moins cher qui aura accès aux marchés du tout militaire fabriqué entre autres par TAS. Peu importe la casse d’emplois !

Cette restructuration, si nous la laissons faire, va se traduire par le traditionnel cortège de drames sociaux, de plans de licenciements, de remise en cause des acquis.... Ce ne sont pas des procès d’intention, c’est le bilan lucide de dizaines d’années d’externalisation d’activités jugèes non rentables par les directions de THALES...

Nota : Ces entreprises, qui se comportent ainsi au nom de la libre concurrence, n’ont pas refusé les aides des collectivités locales pour « développer » leurs activités. Voici quelques exemples des fonds publics d’aides aux entreprises qu’a connu TMI : en 1996, SOREP recevait 780 000 Francs pour l ‘Aménagement du Territoire ; en 1999, Le Grand Fougeray recevait 2 000 000 de francs pour l’Aménagement du Territoire et 264 350 francs par le Conseil Général, Argentré (fermé et transféré à Chateaubourg) recevait en 2001 2 730 000 francs au titre du Conseil Général ; Langon recevait, en 2001, 1 050 000 francs au titre du Conseil Général... Les dernières aides octroyées viennent à expiration en avril 2004, juste avant la vente !

- THALES Air Défence

Cette filiale de THALES regroupe environ 2250 salariés. Elle est constituée de plusieurs sites : Bagneux, Conflans Ste Honorine, Fleury-les-Aubrais, Limours, Ymare (près de Rouen). La direction vient d’annoncer un plan de suppression d’emplois : 129 à Bagneux, 34 à Conflans, 73 à Fleury, 50 à Limours, 40 à Ymare. A cela se rajoutent 95 autres suppressions d’emplois : 45 CASA, 27 départs (retraite, départs négociés...), 23 CDD non renouvelés.

Cette annonce s’accompagne de la volonté de finir les procédures au milieu des vacances de l’été. La situation de TAD est pourtant loin d’être dans le rouge. Voici les principales indicateurs de ces dernières années et les prévisions pour 2004 et 2005. Attention, ces chiffres ne tiennent pas compte du contrat du siècle conclu en décembre 2003 pour les missiles air-sol moyenne portée franco-italien : environ 1 milliard €.

2002**** 2003 2004 2005
CA en millions € 545 519 505 499
REX* millions € 26,9 41,1***** 36,4 50,3
REX/CA 4,6% 8,3%***** 7,2% 10,3%
Effectif 2558 2375 2253** 2231**
ETP*** 2616 2393 2260** 2236**

*Résultat d’exploitation

** Ces chiffres ne tiennent pas compte des conséquences des plans de licenciements à venir

*** Ce sont les équivalents temps plein (ne tiennent pas compte des inscrits et moyennent les temps partiels)

**** Résultats impactés par le contentieux perdu par le groupe THALES contre l’AEROSPATIAL.

***** Chiffres provisoires

Il est clair que les centaines de suppressions d’emplois voulues par la direction ne sont pas en rapport avec les charges mais avec une volonté d’augmenter la profitabilité de l’entreprise. Si ce n’était qu’un problème conjoncturel de charges, il y aurait bien d’autres solutions, comme celle de répartir les charges entre tous. Dans le même temps, où la direction annonce ses projets, elle multiplie les horaires dérogatoires (astreintes, horaires d‘équipes, horaires de nuits...). L’accord RTT de TAD permet aux cadres de faire varier leur temps annuel de 1559 à 1701 heures. Or c’est la moyenne haute qui est la règle et dépassée. On assiste au paradoxe suivant : d’un côté, des centaines de gens en suractivité avec les conséquences sur les conditions de travail et le stress, de l’autre des zones de sous activité organisée avec la démoralisation.

Des licenciements économiques se justifient par le fait qu’une entreprise soit en difficulté. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. Ces licenciements ne sont acceptables ni économiquement, ni humainement. Il serait intéressant de connaître les aides obtenus par TAD au titre de l’aménagement du territoire et du Conseil Général. Le 26/04/04